D’où vient la marche afghane ? Histoire d’une méthode née d’un voyage en Afghanistan

Avant d’apprendre les rythmes de la marche afghane, il est utile de savoir d’où elle vient vraiment. Loin d’être une mode bien-être récente, cette méthode a une histoire précise, un fondateur identifiable et, depuis peu, une reconnaissance officielle en France. Voici ce qu’il faut savoir pour la pratiquer en comprenant ce que l’on fait.

Un économiste français en mission en Afghanistan

L’histoire commence au début des années 1980. Édouard G. Stiegler, économiste français, séjourne environ un an en Afghanistan dans le cadre d’une mission d’assistance économique conduite sous l’égide de l’ONU. Marcheur de longue date, il y observe les Maldars, des caravaniers qui parcourent l’Asie du Sud depuis des siècles, capables d’enchaîner plus de 60 kilomètres par jour, parfois pendant des dizaines de jours consécutifs, sans donner le moindre signe d’épuisement.

Ce qui frappe Stiegler n’est pas leur endurance physique en soi, mais leur allure : un port de tête droit, un balancement des bras régulier, une foulée presque dansée. Il en conclut que leur secret tient moins à l’entraînement qu’à une respiration parfaitement maîtrisée et synchronisée avec leurs pas.

Une rencontre avec une tradition respiratoire plus ancienne

Stiegler n’arrive pas en terrain vierge sur le sujet du souffle. Depuis une vingtaine d’années déjà, il pratique les enseignements du Dr Hanish, qui avait formalisé dans son ouvrage L’Art de la respiration (1967) des exercices respiratoires puisés dans une tradition perse zoroastrienne ancienne. En observant les Maldars, Stiegler reconnaît dans leurs rythmes naturels une application concrète de ces principes : c’est cette rencontre entre une pratique ancestrale observée sur le terrain et un corpus théorique déjà existant qui donnera naissance à la méthode.

À son retour en France, il formalise un modèle de respiration nasale rythmée, calé sur le nombre de pas, qu’il baptise « marche afghane » et qu’il présente en 1981 dans son livre Régénération par la marche afghane (éditions Guy Trédaniel). Il complétera ce travail dans deux ouvrages ultérieurs, dont l’un paraîtra à titre posthume en 1989.

Le principe technique, tel qu’il l’a conçu

La méthode repose sur un cycle en quatre temps, ajusté à la déclivité du terrain :

  • Inspiration nasale sur un nombre de pas donné (souvent 3)
  • Apnée poumons pleins sur 1 pas
  • Expiration nasale sur le même nombre de pas qu’à l’inspiration
  • Apnée poumons vides sur 1 pas

Le rythme exact varie selon la personne et le terrain : certains marcheurs sont plus à l’aise sur des cycles courts (2 pas), d’autres sur des cycles longs (4 pas). En montée, le nombre de pas se réduit au fur et à mesure que la pente s’accentue, sans jamais retenir la respiration. Ce n’est donc pas une technique figée, mais un cadre que chacun ajuste à sa propre physiologie — ce qui explique pourquoi un apprentissage encadré change beaucoup de choses par rapport à une simple lecture en ligne.

Une reconnaissance officielle depuis 2022

Point souvent ignoré : la marche afghane n’est plus seulement une pratique de bien-être informelle. Par un contrat de délégation signé le 15 mars 2022, le ministère chargé des Sports a confié à la Fédération française de la randonnée pédestre (FFRandonnée) la compétence sur la marche afghane, désormais reconnue comme une spécialité de la randonnée pédestre au titre du code du Sport. Cette reconnaissance institutionnelle distingue la méthode de nombreuses pratiques de marche bien-être qui n’ont pas ce cadre, et garantit l’existence de référentiels de formation pour les animateurs.

Une méthode transmise, pas réinventée à chaque fois

C’est précisément parce que la marche afghane repose sur un dosage fin — nombre de pas, gestion de l’apnée, adaptation au dénivelé — que sa transmission par un animateur formé fait une vraie différence par rapport à un tutoriel trouvé sur internet. L’École Française de Marche Afghane forme et certifie des animateurs selon une pédagogie fidèle aux principes posés par Stiegler, avec un accompagnement individualisé sur le terrain : correction de posture, ajustement du rythme en fonction du souffle de chacun, progression selon le profil du marcheur.

Cécile et Jean-Marie de Williencourt, qui animent les week-ends de marche afghane à l’Écrin de l’Andelle, ont suivi cette formation. Leur objectif n’est pas de proposer une interprétation personnelle de la méthode, mais de transmettre fidèlement les rythmes et principes établis depuis plus de quarante ans, dans un cadre naturel propice à l’apprentissage : la forêt de Lyons.

Pourquoi connaître cette histoire change la pratique

Savoir que la marche afghane vient d’une observation précise, qu’elle s’appuie sur une tradition respiratoire documentée et qu’elle bénéficie aujourd’hui d’un cadre fédéral officiel, change la manière d’aborder un stage d’initiation. On ne vient pas simplement « essayer une technique de respiration en marchant » : on s’inscrit dans une méthode éprouvée, avec une histoire, des règles précises et une communauté de pratiquants encadrée.


Pour découvrir la méthode sur le terrain, rejoignez un week-end d’initiation à la marche afghane en Normandie, animé par des praticiens formés à l’École Française de Marche Afghane, en forêt de Lyons.

Pour aller plus loin sur les bienfaits ressentis dès les premières séances, retrouvez notre article Marche afghane : le secret pour retrouver énergie, sérénité et puissance intérieure.


Sources : Édouard Stiegler, « Régénération par la marche afghane », éd. Guy Trédaniel, 1981 ; Wikipédia, article « Marche afghane » ; contrat de délégation du 15 mars 2022 entre le ministère chargé des Sports et la Fédération française de la randonnée pédestre.

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