Estime de soi ou confiance en soi : la distinction que Jean Monbourquette pose (et que presque personne ne fait)

Une femme de quarante-cinq ans dirige une équipe de vingt personnes. Elle sait négocier, arbitrer, décider vite. Personne autour d’elle ne la décrirait comme quelqu’un qui manque de confiance. Et pourtant, quand on la complimente, elle change de sujet. Quand elle se trompe, elle y repense pendant trois jours. Elle a le sentiment tenace que si les gens la voyaient vraiment, ils seraient déçus.

Cette personne n’a pas de problème de confiance en soi. Elle a un problème d’estime de soi. Ce ne sont pas deux façons de dire la même chose, et confondre les deux fait perdre des années à beaucoup de gens.

Deux jugements distincts : « je suis aimable » et « je suis capable »

Jean Monbourquette (1933-2011), prêtre et psychologue québécois dont la pédagogie structure notre stage, définit l’estime de soi comme l’ensemble des jugements qu’une personne porte sur elle-même. Mais il ajoute immédiatement une précision décisive : ces jugements se répartissent en deux registres qui ne fonctionnent pas ensemble.

Le premier registre est l’estime de soi pour sa personne. Il se résume à une phrase intérieure : je suis aimable, j’ai de la valeur du simple fait d’exister. Il touche à la reconnaissance de son droit de vivre, à l’acceptation de ses émotions, de ses besoins, de ses limites, de ses erreurs, à la capacité de se considérer comme aimé et de s’aimer soi-même.

Le second registre est l’estime de soi pour sa compétence. Il se résume à une autre phrase : je suis capable, j’arrive à faire des choses. Il touche à la confiance dans sa faculté d’apprendre, à la capacité de reconnaître ses réussites (y compris les petites), à celle d’évaluer ses progrès sans passer son temps à se comparer.

Dans le langage courant en France, on appelle plutôt « confiance en soi » ce que Monbourquette range du côté de la compétence, et « estime de soi » ce qu’il range du côté de la personne. Le vocabulaire flotte, la réalité non : ce sont bien deux choses différentes, et une personne peut être très haute sur l’une et très basse sur l’autre.

Le cas le plus fréquent : très compétent, très fragile

C’est la configuration qu’on rencontre le plus souvent dans nos sessions. Des personnes qui réussissent, qui ont un métier qu’elles maîtrisent, un entourage qui les estime, et une voix intérieure qui ne désarme pas.

Ce qui se passe dans ce cas est simple à décrire. La compétence sert de béquille à la personne. Tant qu’on produit, qu’on rend service, qu’on tient son rôle, la question de sa propre valeur reste en sourdine. Le problème apparaît aux moments où la performance s’interrompt : un arrêt maladie, un départ des enfants, une retraite, un échec professionnel, une séparation. La béquille tombe et il n’y a rien dessous.

C’est aussi pour ça que les conseils habituels ne fonctionnent pas sur ces personnes. Leur dire de se fixer des objectifs, de lister leurs réussites, de sortir de leur zone de confort revient à travailler un registre déjà solide. Elles le font très bien. Ça ne déplace rien.

L’autre configuration, moins visible

L’inverse existe et se voit moins. Des personnes qui s’acceptent plutôt bien, qui ne se détestent pas, qui ont de la douceur pour elles-mêmes, mais qui ne croient pas à leur capacité d’agir. Les projets restent à l’état d’intention. Le CV n’est jamais envoyé. La formation est toujours pour l’an prochain.

Là, le travail porte sur l’expérience concrète de faire, sur la reconnaissance des progrès réels, sur la façon de se valoriser après un succès au lieu de l’attribuer aux circonstances. Ce n’est pas le même chemin.

L’autre configuration, moins visible

Quand quelqu’un cherche de l’aide sur ces questions, la première chose à établir n’est pas la méthode mais le registre. Un accompagnement orienté objectifs et passage à l’action est efficace sur la compétence. Il est presque sans effet sur l’estime de sa personne, et il peut même l’aggraver en ajoutant une performance de plus à réussir.

À l’inverse, un travail centré sur l’acceptation de soi, l’accueil des émotions et la réconciliation avec ses parts mal aimées ne va pas transformer quelqu’un qui n’ose pas se lancer en quelqu’un qui se lance. Il lui donne un socle, ce qui est utile, mais le passage à l’acte demande autre chose.

Monbourquette est clair sur l’ordre : l’agir suit l’être. On définit des objectifs réalistes à partir du moment où on s’accepte tel qu’on est, limites comprises. C’est pour cette raison que le stage commence par la connaissance et l’acceptation de soi, avant d’aborder l’affirmation dans la relation à l’autre.

Un repère pour se situer

Prenez trente secondes sur chacune de ces deux listes et repérez celle qui vous met le plus mal à l’aise.

Première liste : recevoir un compliment sans le minimiser. Dire non sans se justifier pendant cinq minutes. Reconnaître une erreur sans avoir le sentiment de valoir moins. Se reposer sans culpabiliser. Nommer ce qu’on ressent au moment où on le ressent.

Seconde liste : commencer quelque chose sans garantie de réussite. Considérer un succès comme le vôtre et pas comme un coup de chance. Demander une augmentation, un devis, une place. Apprendre en public quelque chose que vous ne savez pas encore faire.

Si c’est la première liste qui coince, la question est celle de l’estime de votre personne. Si c’est la seconde, celle de votre compétence. Si les deux coincent, commencez par la première.

Et l’estime du Soi ?

Monbourquette ajoute un troisième niveau, qui fait l’originalité de son travail et qui déborde la psychologie : l’estime du Soi, avec une majuscule, qu’il emprunte au vocabulaire de Jung. Il s’agit d’un sentiment de dignité plus stable que l’estime de soi ordinaire, parce qu’il ne dépend ni de ce qu’on fait ni du regard des autres.

Sa thèse, développée dans De l’estime de soi à l’estime du Soi, est que les deux démarches s’alimentent : une vie spirituelle solide suppose un « je » psychologiquement construit, et l’épanouissement personnel reste incomplet s’il ne s’appuie que sur l’ego. Nous avons consacré un article au parcours de Jean Monbourquette pour ceux qui veulent comprendre d’où vient cette approche.

Ce que quatre jours permettent de faire

La distinction entre personne et compétence se comprend en dix minutes de lecture. La déplacer chez soi demande autre chose, parce qu’elle ne se joue pas au niveau des idées mais au niveau des automatismes : la façon dont on répond intérieurement à un compliment, dont on encaisse une critique, dont on se parle après une erreur.

C’est ce que permet un format résidentiel en petit groupe de six à huit personnes : quatre jours d’alternance entre apports, réflexion personnelle, partages et méditations guidées, avec des exercices qui viennent directement de la pédagogie Monbourquette, transmise par l’approche Estimame. Le déroulé complet est décrit dans notre article sur le stage estime de soi en Normandie, et les dates, tarifs et conditions d’hébergement sont sur la page du stage.

Si vous hésitez encore à savoir si le sujet vous concerne, nos 7 signes d’une estime de soi fragile donnent des repères plus concrets que ce test rapide.

Publications similaires